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ICH NGO Forum Symposium (2024)

ENSEMBLE POUR LE PATRIMOINE: EXPÉRIENCE INCLUSIVE DANS LA VALORISATION DU PATRIMOINE IMMATÉRIEL

By December 10, 2025March 10th, 2026No Comments

ENSEMBLE POUR LE PATRIMOINE

EXPÉRIENCE INCLUSIVE DANS LA VALORISATION DU PATRIMOINE IMMATÉRIEL: LES ÎLES KERKENNAH – TUNISIE

Hazar SOUISSI Ben HAMAD

UNIVERSITÉ DE CARTHAGE ISTEUB / TUNISIE

RESUME

Cette recherche analyse l’impact de la participation communautaire dans la gestion du patrimoine culturel immatériel en Tunisie. Elle met en lumière des approches inclusives adoptées par l’Association Kraten du Développement Durable, de la Culture et du Loisir (AKDDCL. L’étude examine l’impact des politiques impliquant les acteurs locaux sur la gestion patrimoniale, en analysant les conditions nécessaires à une participation durable pour garantir une valorisation pérenne du patrimoine immatériel. Après avoir présenté les résultats de la recherche, la discussion propose une analyse critique des atouts et des limites des approches participatives dans la sauvegarde du patrimoine vivant.

ABSTRACT

This research analyses the impact of community participation in the management of intangible cultural heritage in Tunisia. It highlights the inclusive approaches adopted by the Kraten Association for Sustainable Development, Culture and Leisure (AKDDCL). The study examines the impact of policies involving local actors on heritage management, analysing the conditions necessary for sustainable participation to ensure the transmission of intangible heritage. After presenting the research findings, the discussion offers a critical analysis of the strengths and limitations of participatory approaches in safeguarding living heritage.

Introduction, Problématique et Méthodologie

La valorisation du patrimoine immatériel en Tunisie représente un enjeu crucial, tant sur le plan culturel que social. En effet, la société civile constitue aujourd’hui un acteur irréductible dans la valorisation du patrimoine local. Les associations et ONG développent de nouvelles compétences qui leur permettent de mieux se positionner sur la scène de la décision, tant au niveau local et régional qu’international[1]. Dans un contexte où les dynamiques de participation communautaire deviennent de plus en plus essentielles, cette recherche se propose d’explorer les différentes manières dont les communautés locales peuvent être intégrées dans la gestion et la valorisation de leur patrimoine.

La décentralisation, la gouvernance et la participation sont autant d’expressions qui émergent dans des contextes de transition ou de crise, annonçant ainsi la montée en puissance de la société civile par rapport aux structures traditionnelles de gouvernement. L’implication des acteurs locaux, en particulier des groupes non gouvernementaux, est non seulement une exigence éthique, mais également un levier stratégique pour garantir la durabilité et la pertinence des initiatives patrimoniales.

À travers l’examen de diverses initiatives, comme celles mises en œuvre par AKDDCL, cette étude vise à fournir une analyse critique des apports et des limites des approches participatives. En effet, la participation des communautés dans la sauvegarde du patrimoine vivant doit être comprise comme un processus dynamique, influencé par des facteurs sociopolitiques, économiques et culturels. La question centrale de notre recherche est la suivante: comment la mise en place de politiques inclusives favorisant la participation des communautés locales et des groupes non gouvernementaux influence-t-elle l’efficacité de la gestion du patrimoine culturel, et quelles conditions sont nécessaires pour garantir une participation véritable et durable de ces acteurs dans le processus de décision?

Pour répondre à cette question, notre méthodologie repose sur deux approches complémentaires. Nous avons mené des enquêtes et des entretiens semi-directifs pour recueillir des données primaires, tout en complétant notre analyse par une collecte de données secondaires via des recherches documentaires sur des sources existantes. Ce cadre méthodologique nous permettra d’évaluer de manière approfondie les pratiques actuelles et de proposer des solutions concrètes pour renforcer l’inclusivité dans la gestion du patrimoine immatériel aux îles Kerkennah. Ainsi, cette recherche ambitionne non seulement d’apporter un éclairage sur les enjeux contemporains de la valorisation du patrimoine, mais aussi d’initier un dialogue constructif autour des pratiques participatives et de leurs implications pour les communautés locales.

I – Revue de littérature: Une pluralité de contributions scientifiques sur le rôle de la société civile 

Bien que les contributions scientifiques sur la théorie de la société civile aient augmenté depuis 2003, sa mise en pratique a été confrontée à divers défis politiques et institutionnels. Ces défis se traduisent tant par une diminution des champs d’intervention dans des contextes autoritaires que par un renforcement de leur rôle dans des systèmes urbains démocratiques. La pluralité des configurations de la société civile est telle qu’aucune des théories proposées n’a réussi à en définir les contours pratiques de manière concluante.

Concernant la société européenne, Brandsen, T., Verschuere, B., & Trommel, W. (s.d.)[2] nous apprennent que la relation actuelle entre les États et la société civile est historiquement singulière et intrigante. Autrefois, la participation et l’engagement associatif servaient à préparer les citoyens à des rôles au sein de l’administration publique. Aujourd’hui, c’est plutôt l’État qui sollicite des citoyens, parfois réticents, pour qu’ils s’impliquent activement dans la société civile. Ce changement résulte de diverses évolutions dans les paradigmes de gouvernance contemporains et du processus plus large de liquéfaction sociale. Dans l’article, l’État et la reconstruction de la société civile les auteurs explorent ces deux tendances interdépendantes et analysent la nouvelle dynamique qui se dessine entre l’État et la société civile.

Quant à l’expérience postcommuniste roumaine la recherche de Pirotte, (2009)[3] vise à rapprocher la notion de société civile de celle de l’engagement citoyen. Bien que la société civile ne soit pas le seul lieu d’expression de l’engagement citoyen, elle en reste un espace privilégié. La question centrale de l’auteur tourne autour la manière d’aborder l’étude de l’engagement citoyen au sein des nouvelles sociétés civiles d’Europe centrale et orientale, en particulier dans la société civile roumaine émergente.

 

A partir des années 1970, l’étude des relations entre les instances organisées de la société civile et l’État a connu un développement important. Depuis les précurseurs s’inscrivant dans une démarche « communautarienne », jusqu’à l’élaboration, plus récente, de cadres théoriques dit « relationnels », le volume des propositions théoriques n’a pas cessé d’augmenter. Vitali, R. (2002)[4] propose une lecture critique des principales théories. L’accent est mis sur la dimension heuristique des différentes approches exposées. Celles-ci sont donc évaluées en fonction de leur capacité à rendre compte empiriquement des rapports existant entre organisations de la société civile et acteurs étatiques.

Le travail de recherche de Edwards, M. (2009)[5] vise à visualiser les changements de gouvernance depuis la fin des années 1980 et 1990 en Colombie, en illustrant les bonnes performances réalisées par la municipalité de Sabaneta entre 2003 et 2013.Trois événements historiques (la chute du mur de Berlin et la Perestroïka, le Sommet environnemental à Rio de Janeiro et la création de l’Union européenne) ont engendré de nouvelles formes de gestion publique tant dans les pays développés que dans les pays en développement. Ces événements internationaux qui ont répondu aux attentes des citoyens ont conduit à des gouvernements plus réactifs dans la gestion de leurs besoins en matière de participation, notamment en ce qui concerne les décisions politiques, la protection de l’environnement et la sécurité économique ont modifié l’ordre économique, politique et social en Colombie.

Dans le contexte patrimonial, l’implication des communautés, des groupes et des individus dans les actions de sauvegarde est largement considérée comme l’une des innovations de la Convention de 2003[6] pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel par rapport aux conventions précédentes de l’UNESCO sur le patrimoine.

Rajoutons que la Déclaration Mondiacult[7] de 2022, adoptée lors de la Conférence mondiale de l’UNESCO à Mexico, reconnaît la culture comme un bien public mondial essentiel au développement durable. Elle appelle à l’intégration des politiques culturelles dans les stratégies nationales et internationales de développement, en soutenant la diversité culturelle, en renforçant la coopération internationale, et en promouvant l’éducation culturelle. Cette déclaration souligne l’importance de la culture pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) et pour protéger le patrimoine culturel à l’échelle mondiale.

Le rapport de 2022 de l’Association de droit international sur la participation à la gouvernance du patrimoine mondial souligne l’importance d’une participation accrue des communautés locales et des peuples autochtones dans la gestion des sites inscrits au patrimoine mondial. Il recommande des améliorations des cadres juridiques et politiques pour faciliter cette inclusion, en insistant sur le respect des droits des peuples autochtones et en appelant à plus de transparence et de responsabilité dans les processus décisionnels. Le rapport vise à rendre la gouvernance du patrimoine mondial plus inclusive et durable, en impliquant directement les parties prenantes locales dans la protection et la gestion de leur patrimoine.

II – Expérience AKDDCL : Une Exploration des Pratiques Inclusives et de la Participation Communautaire”

En Tunisie, la société civile s’affirme aujourd’hui comme un acteur incontournable dans la valorisation du patrimoine local, tissant des liens profonds entre mémoire collective et initiatives citoyennes. Parmi ces actions, l’Association Kraten pour le Développement Durable, la Culture et les Loisirs (AKDDCL) se distingue par une approche inclusive où engagement communautaire et transmission patrimoniale s’entrelacent harmonieusement. Le choix de l’étude de l’expérience AKDDCL, qui met en lumière les dynamiques locales de valorisation du patrimoine à travers une approche collaborative et participative, s’inscrit dans la continuité logique de nos travaux de recherche précédents[8] consacrés aux territoires insulaires. Il prolonge ainsi une réflexion amorcée autour des enjeux de développement et de valorisation durable des îles Kerkennah

L’un des moments phares de cette dynamique est le Festival de la Culture des Îles Méditerranéennes à Kraten-Kerkennah, tenu du 1er au 6 août 2024. Ancrées dans l’histoire insulaire, les îles Kerkennah ont toujours entretenu une relation indéfectible avec la mer, matrice de leur identité et de leurs traditions. Au cœur de cette manifestation, la course des barques à voiles incarne un rituel immémorial où se perpétuent les savoir-faire ancestraux de navigation et de construction navale. Cet événement ne se limite pas à une simple compétition nautique; il devient un puissant vecteur de transmission intergénérationnelle, sensibilisant les jeunes générations à la richesse de leur patrimoine maritime et à la nécessité de sa sauvegarde. Son déroulement festif fédère résidents et visiteurs, consolidant un sentiment d’appartenance et insufflant une fierté culturelle renouvelée. À travers cette célébration, le patrimoine immatériel de Kerkennah se révèle dans toute sa splendeur, conjuguant héritage et vitalité contemporaine.

Dans cette même optique, une journée de sensibilisation environnementale et éducative a été organisée sur la plage de Bellaz, le 5 août 2024. En partenariat avec la Maison des Jeunes de Kerkennah et l’AKDDCL, cet événement a rassemblé enfants et familles autour d’ateliers dédiés à la préservation de la biodiversité marine et d’activités ludiques. Loin d’être anodines, ces actions pédagogiques renforcent la conscience écologique et l’implication des nouvelles générations dans la protection de leur écosystème.

L’hommage rendu au Feu Farid Kachram, figure emblématique de la sauvegarde du patrimoine immatériel kerkennien, marque un autre temps fort du festival. Organisée au Musée privé Abassia, en collaboration avec la Délégation régionale des affaires culturelles de Sfax, l’Association d’Histoire, de Géographie et de Recherches Historiques de Sfax et le musée privé Dar El Fehri Kerkennah – Abassya, cette rencontre scientifique a salué son engagement déterminant dans l’inscription de la charfia au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2022. Ce moment de reconnaissance illustre la continuité des efforts en faveur du patrimoine insulaire, où savoirs traditionnels et recherches académiques convergent vers une même finalité : préserver et transmettre. Cette démarche s’inscrit dans une perspective plus large de valorisation du patrimoine immatériel, telle qu’explorée dans nos travaux de recherche récents (Souissi, 2024).

L’art, fil conducteur de la valorisation patrimoniale (Figure.1), s’invite également au cœur du festival. L’artiste peintre Ahmad Mejbri, à travers ses fresques miniatures dédiées aux poissonniers du port, insuffle une poésie visuelle aux façades maritimes, redonnant vie aux couleurs et aux formes de l’imaginaire kerkennien. De même, l’Union des artistes plasticiens, représentée par Skander Tej, participe à cette réinterprétation contemporaine du patrimoine en mettant en lumière l’expression artistique locale.

Enfin, la sortie en mer vers l’île de Sifnou, devenue une tradition incontournable, clôture ce festival dans une effusion de lumière et de partage. Sous le souffle du vent, les voiles se déploient, tissant un tableau vivant où insulaires et visiteurs célèbrent ensemble l’âme maritime des Kerkennah. Dans cette traversée, chaque geste, chaque rituel culinaire, chaque mélodie du folklore local réaffirme une identité insulaire vibrante, où le passé dialogue avec le présent pour esquisser l’avenir.

À travers ces multiples initiatives, l’AKDDCL illustre magistralement la force des pratiques inclusives dans la valorisation du patrimoine immatériel. En plaçant la communauté au cœur du processus, elle fait de chaque événement un espace d’apprentissage, de transmission et de célébration, où la mémoire collective s’enracine et se renouvelle sans cesse.

III – Discussion des résultats : un bilan positif Mais !

Limite de l’approche participative dans la gestion du patrimoine immatériel

Parmi les limites observées dans les approches actuelles de la valorisation du patrimoine immatériel en Tunisie, l’une des plus notables est l’accent souvent mis sur une approche événementielle. Cette méthode consiste à focaliser les efforts de valorisation sur des événements tels que des festivals, des expositions temporaires, ou des commémorations annuelles. Bien que ces événements jouent un rôle important en termes de sensibilisation et de promotion du patrimoine, leur impact reste souvent limité dans le temps et ne parvient pas toujours à s’inscrire dans une dynamique de valorisation durable.

L’approche événementielle présente plusieurs défis. D’une part, elle tend à concentrer les ressources humaines et financières sur des actions ponctuelles, au détriment d’un travail de fond qui nécessiterait une implication continue et soutenue des acteurs locaux. Ces événements, bien qu’efficaces pour mobiliser l’attention et l’engagement à court terme, peuvent manquer de la profondeur nécessaire pour assurer une transmission intergénérationnelle des savoirs et des pratiques.

D’autre part, en se concentrant principalement sur des manifestations festives, cette approche risque de réduire la richesse et la diversité du patrimoine immatériel à des représentations simplifiées, voire stéréotypées, qui ne reflètent pas la complexité et la diversité des pratiques culturelles locales. Par ailleurs, cette méthode peut parfois privilégier des aspects plus spectaculaires ou commercialisables du patrimoine, au détriment de ses dimensions plus discrètes mais tout aussi essentielles.

En outre, l’approche événementielle est souvent moins inclusive qu’elle ne le prétend. Elle peut privilégier la participation de certains groupes ou individus qui sont mieux connectés aux réseaux culturels ou qui ont les moyens de participer activement aux événements, laissant ainsi de côté des segments importants de la population, notamment les communautés marginalisées ou les porteurs de traditions moins visibles. Cela crée une dynamique où le patrimoine devient une ressource exploitée à des fins spécifiques plutôt qu’un bien commun partagé et valorisé par l’ensemble de la communauté.

À notre sens, la prédominance de l’approche événementielle dans la valorisation du patrimoine immatériel en Tunisie s’explique notamment par la complexité à documenter, archiver et transmettre des pratiques vivantes, souvent orales et évolutives, ancrées dans des contextes socioculturels spécifiques. Contrairement au patrimoine matériel, dont la conservation repose sur des techniques stabilisées telles que la restauration ou la muséalisation, le patrimoine immatériel se caractérise par son caractère éphémère et sa transmission intergénérationnelle dépendante des acteurs porteurs de savoirs.

Dans ce contexte, l’organisation d’événements culturels et festifs apparaît comme une solution accessible, rapide et relativement peu coûteuse. Ces manifestations, telles que festivals, journées culturelles ou expositions temporaires, offrent une visibilité immédiate, favorisent l’engagement du public et répondent aux attentes institutionnelles en matière de rentabilité et d’attractivité touristique. De plus, leur réalisation ne nécessite pas toujours l’intervention de spécialistes techniques, ce qui permet aux communautés locales, associations ou ONG de s’en saisir facilement, même avec des ressources limitées.

Toutefois, cette facilité d’organisation ne doit pas occulter le fait que la valorisation durable du patrimoine immatériel exige une expertise approfondie, notamment pour la gestion des savoir-faire, la transmission des traditions et l’inclusion réelle des communautés dans des processus de sauvegarde allant bien au-delà de l’événementiel. En effet, la prédominance exclusive de l’approche événementielle peut entraîner une spectacularisation excessive, réduisant parfois ces pratiques culturelles à une simple mise en scène folklorique, détachée de leurs porteurs authentiques et de leurs contextes d’origine. Ce phénomène risque de transformer le patrimoine immatériel en un produit standardisé, adapté aux attentes du marché ou du public, au détriment des dynamiques internes de transmission communautaire.

Pour garantir la pérennité et l’authenticité du patrimoine immatériel, il est donc essentiel de développer une approche plus équilibrée. Celle-ci doit concilier la visibilité publique et les logiques de transmission endogène, en renforçant les dispositifs de documentation sensible, en soutenant les pratiques vivantes et en reconnaissant les communautés comme actrices centrales du processus patrimonial. Ainsi, la valorisation ne se limite plus à des actions temporaires, mais contribue à une sauvegarde durable, inclusive et respectueuse des héritages culturels immatériels.

 

CONCLUSION

La société civile à Kerkennah, en tant qu’acteur incontournable, joue un rôle fondamental dans la gouvernance locale et le renouvellement urbain. Cette recherche s’attache à analyser l’influence de la participation communautaire sur la gestion du patrimoine culturel immatériel en Tunisie, à travers l’étude de cas de l’Association Kraten pour le Développement Durable, la Culture et les Loisirs (AKDDCL). Cette expérience offre un terrain fertile pour observer les formes d’engagement citoyen, les mécanismes de mobilisation locale et les modalités de coopération entre les acteurs sociaux et institutionnels. Elle met en lumière les dynamiques participatives à l’œuvre, lesquelles favorisent non seulement l’émergence d’une conscience patrimoniale partagée, mais aussi l’ancrage de la communauté dans les processus de valorisation culturelle.

L’étude interroge les conditions de possibilité d’une implication durable des habitants dans la prise de décision, condition sine qua non d’une valorisation efficace et pérenne du patrimoine vivant. Elle s’inscrit dans une approche plus large, attentive aux tensions entre logiques de développement et exigences de préservation.

En parallèle, les îles Kerkennah constituent un territoire insulaire emblématique, où les défis liés à l’urbanisation, à l’évolution des modes de vie et à la gestion des ressources naturelles se conjuguent dans un contexte de grande vulnérabilité. Nos recherches antérieures (Souissi, 2020 ; Souissi, 2024) ont mis en évidence la complexité des interactions entre dynamiques économiques, pressions environnementales et aspirations sociales. Dans ce cadre, la valorisation du patrimoine immatériel se présente comme un levier stratégique permettant à la fois la préservation de l’identité insulaire et l’amorce de processus de développement plus respectueux des spécificités locales.

C’est donc dans une continuité analytique que cette recherche articule les notions de patrimoine vivant, d’identité territoriale et de développement durable. Elle plaide pour une gouvernance ouverte, fondée sur les approches participatives et les politiques intégrées, en mesure d’accompagner les mutations des territoires insulaires tout en consolidant les liens entre communautés et héritages culturels. À travers l’expérience d’AKDDCL, elle aspire à éclairer les voies d’un renouvellement des pratiques de gestion patrimoniale, où les populations locales ne sont plus de simples bénéficiaires, mais de véritables co-acteurs de leur avenir.

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BIBLIOGRAPHIE

Association de droit international (2022), Rapport sur la participation à la gouvernance du patrimoine Mondial

Brandsen, T., Verschuere, B., & Trommel, W. (s.d.). L’État et la reconstruction de la société civile. Revue Internationale des Sciences Administratives, 69(4), 699-717. https://doi.org/10.3917/risa.694.0699

Edwards, M. (2009). Civil Society (2nd ed.). Cambridge: Polity Press.

Pirotte, G. (2009). Engagement citoyen et société civile. SociologieS, Dossiers. https://doi.org/10.4000/sociologies.3017

Vitali, R. (2002). État et société civile: une coopération conflictuelle. Pyramides, 6. http://journals.openedition.org/pyramides/439

MONDIACULT 2022

UNESCO. (2003). Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Adoptée le 17 octobre 2003, Paris. Disponible en ligne: https://ich.unesco.org/fr/convention

Souissi, H. (2024). Development of Kerkennah’s island: Reality, perspectives and local population contributions. Urban Art Bio, 3(2), 18–48. https://doi.org/10.35788/uab.v3i2.126.

Souissi, H. (2020). Urbanisme et développement durable d’un territoire insulaire, enjeux, défis et perspectives de valorisation : Cas des îles Kerkennah – Tunisie. JUTP, 201–219. Berlin, Germany.

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COURTE BIOGRAPHIE

Hazar Souissi Ben Hamad, Architecte de formation (École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme-2006) et docteur en sciences du patrimoine (Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis-2016). Elle a obtenu son habilitation universitaire en architecture à l’unanimité en 2025 à l’ENAU, le rapport de synthèse de ses travaux de recherche est intitulé: Dynaniques des tissus centraux et periphériques, vers une approche « panarchique » pour une meilleure valorisation et gouvernance inclusive. Actuellement Maître assistante en architecture à l’Institut Supérieur des Technologies de l’Environnement, de l’Urbanisme et du bâtiment I.S.T.E.U.B -Université de Carthage. Elle est également Membre du laboratoire de recherche patrimoine et architecturologie, LARPA, P.A.E.3.C Patrimoine, architecture et de l’environnement : connaissance, compréhension et conservation. P.A.E.3.C, ENAU, U- Carthage.

Son parcours professionnel au sein de l’Institut National du Patrimoine (2005-2006 ; 2009-2013) a été au service de sa carrière d’enseignement et de recherche scientifique.

Auteure de plusieurs articles relatifs à la conservation, valorisation, renouvellement et gouvernance du patrimoine urbain et architectural. L’intervention sur les tissus existants informels a également fait partie de ses axes de recherche. Quelques recherches ont touché le développement territorial du contexte insulaire étant native des îles Kerkennah, Membre et antenne Tunisie de l’Association PatriMundus.

 

MOTS CLÉS: Valorisation, Patrimoine Immatériel, îles Kerkennah-Tunisie, Expériences Inclusives, Participation Communautaire, AKDDCL,

 

[1] Nous citons l’exemple de l’Association pour la Sauvegarde de l’île de Djerba (ASSIDJE) qui a été un acteur déterminant dans l’inscription officielle de « Djerba : témoignage d’un mode d’occupation d’un territoire insulaire » sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, reconnue le 18 septembre 2023 Grâce à son expertise et à son plaidoyer, l’ASSIDJE a coordonné la mobilisation locale, documenté les monuments répartis sur toute l’île, et contribué à répondre aux exigences techniques du dossier. Son action a permis à la société civile de faire entendre sa voix, assurant ainsi une représentation concrète des savoirs et pratiques djerbiennes dans ce processus international.

[2] Brandsen, T., Verschuere, B., & Trommel, W. (s.d.). L’État et la reconstruction de la société civile. Revue Internationale des Sciences Administratives, 69(4), 699-717. https://doi.org/10.3917/risa.694.0699

[3] Pirotte, G. (2009). Engagement citoyen et société civile. SociologieS, Dossiers. https://doi.org/10.4000/sociologies.3017

[4] Vitali, R. (2002). État et société civile: une coopération conflictuelle. Pyramides, 6. http://journals.openedition.org/pyramides/439

[5]  Edwards, M. (2009). Civil Society (2nd ed.). Cambridge: Polity Press.

[6] UNESCO. (2003). Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Adoptée le 17 octobre 2003, Paris. Disponible en ligne : https://ich.unesco.org/fr/convention

[7] MONDIACULT 2022 s’inscrit dans la suite des conférences historiques de l’UNESCO sur les politiques culturelles, tenues respectivement en 1982 et 1998, dont les résultats conceptuels et politiques ont jeté les bases des avancées majeures dans la conceptualisation et l’architecture des politiques culturelles.

[8] Souissi, H. (2024). Development of Kerkennah’s island: Reality, perspectives and local population contributions, Urban Art Bio, 3(2), 18–48. https://doi.org/10.35788/uab.v3i2.126 ;
Souissi, H. (2020). Urbanisme et développement durable d’un territoire insulaire, enjeux, défis et perspectives de valorisation : Cas des îles Kerkennah – Tunisie, JUTP, 201–219, Berlin, Germany.

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